Humain – l’éthique humaine du Tarot

Humain – l’éthique humaine du Tarot

Extrait : pages 138 – 140

    l’éthique humaine du Tarot

Le jeu de Tarot est une structure qui fait système de représentation des manifestations de la conscience, du plus concret – champ de l’expérience psychique humaine – au plus subtil – plan spirituel. Il s’inscrit dans une sagesse de la vie qui parcourt l’expérience des Humains et qui révèle une compréhension psychique et spirituelle de l’existence. Depuis les mystères anciens, cette sagesse s’est transmise dans les philosophies initiatiques telle l’alchimie ou la psychologie analytique développée par exemple par la pensée jungienne. Elle rencontre, en des fondations communes, les récits de sages des traditions qui se sont développées dans l’espace géographique et culturel de l’Orient : il existe des plans subtils subjectifs qui informent et conditionnent les niveaux matériels d’expérience et en reçoivent en retour des impulsions.
Cette vision de l’existence vient en contre-champ de la conception matérialiste du monde selon laquelle la seule réalité est matérielle et la seule explication de l’Humain est biochimique et biologique, physique, les phénomènes de conscience relevant des seules complexifications organiques. Si bien que les phénomènes de conscience seraient exclusivement explicables chimiquement, modifiables et donc dépendant de l’utilisation mécanique de substances produites industriellement : le fonctionnement et le développement humains suivent un modèle mécanique, assimilable aux machines imaginées, puis produites, les plus performantes. L’homme est un assemblage de

composants dont les éléments peuvent, pourraient, avec les progrès scientifiques et industriels, être remplacés ou améliorés : que ce soient les parties mécaniques du corps, que ce soient les informations constitutives de la personnalité qui pourraient être transférées et augmentées par des supercalculateurs dotés de mémoire numérique.
La vision et l’expérience psycho-spirituelle transmettent un déploiement de l’Humain d’une autre nature : l’Humain a une capacité d’apprentissage personnel et relationnel qui lui ouvre des intégrations de conscience de plus en plus subtiles. Le système du Tarot en rend compte à travers la triple réalisation du sujet : Le Chariot, Tempérance, Le Monde – le chemin des trois septénaires – comme à travers les sept apprentissages des ternaires, tels que les décrit le Tarot secret. Ce déploiement de la conscience humaine, personnelle puis transpersonnelle est une œuvre intérieure qui progresse par le jeu psychique d’interrelations humaines, de transmissions de sagesse, d’expériences subjectives. L’amélioration des conditions matérielles pour les humains libère notablement cette capacité d’évolution psychique et spirituelle : saint-Thomas d’Aquin notait bien que « la vertu nécessite un minimum de bien-être » reprenant la sagesse chinoise selon laquelle « on ne marche pas en regardant les étoiles quand on a un caillou dans son soulier ». Pourtant l’augmentation des niveaux de production et de consommation n’est ni la seule ni la principale marque d’une réalisation.
Certains paradigmes cherchent à détourner cette quête qui fonde l’Humain : la quête du Mat, poussé par sa nature biologique (l’animal pattes avant dressées), tiré par son inspiration à toucher la dimension d’élévation qui puisse apaiser son besoin de se sentir Un, quête de combler le manque, aspiration à l’unité, envie de nouveau qui puisse combler. L’idéologie productiviste et consumériste a cherché, réussi pour une part, à utiliser le manque, la souffrance, le désir et les a détournés vers l’avoir, dans l’illusion qu’avoir plus permettrait d’être mieux. Certes l’état de survie n’est pas l’environnement le plus propice à l’écoute de la voie, de la voix intérieure.

Mais l’avoir apporte une satisfaction éphémère, la poussée de jouissance que donne l’acquisition d’un avoir est instantanée. L’achat et la possession enchaînent ensuite dans une compulsion de dépenses, produisant l’étincelle de satisfaction du moment de l’acquisition mais nourrissent le vide intérieur du moment d’après et l’appétit de renouveler l’acte d’achat, telle une drogue dont il s’agit d’augmenter la dose pour en maintenir l’effet. La richesse personnelle matérielle est devenue l’aune d’une réussite qui ne tient qu’à ce qu’elle génère la pauvreté des autres, dans un affrontement et une concurrence de tous contre tous, destructrice du lien social et d’un rapport respectueux à un équilibre écologique durable. L’avoir s’est subtilement déplacé vers la construction d’une image d’un personnage dont il s’agit de maintenir la mise en scène pour capter l’approbation des autres – l’avoir des « likes ». Le besoin humain d’un minimum de sécurité matérielle et affective a été – intelligemment dans une perspective commerciale – récupéré pour détourner les processus de réalisation de soi – les circuits neuronaux de la satisfaction et la jouissance, diraient les neurobiologistes – vers l’extérieur.
Est posée alors la question de la vision du monde et de l’Humain : est-ce que ce sont les états de conscience qui se vivent et s’inscrivent corporellement par des circuits neurophysiologiques ? Est-ce que ce sont les circuits neuro-physiques, neurophysiologiques qui provoquent les états de conscience ?
Prendre le second chemin de compréhension crée un paradigme, une idéologie matérialiste où l’Humain finit par devenir un produit commercial, augmentable par la consommation, dépendant des mécanismes capables de le réparer. C’est un chemin de dépendance, de soumission, d’aliénation, d’étouffement d’un potentiel naturel, humain, barrant la capacité à faire de l’expérience de vie une occasion de plus de conscience : conscience d’abord de soi-même, conscience de l’altérité de l’autre, conscience du grand Autre – trois étapes de
conscience progressives mais aussi concomitantes : connais-toi toi-même, tu connaîtras la nature et l’importance de la relation aux

autres ; tu découvriras le sens profond et élevé de l’enracinement psycho-corporel d’un sujet, qui se construit dans l’incomplétude, s’expérimente, s’épanouit dans la relation et accède à une unité dans un dépassement psycho-spirituel, symbolique. C’est une œuvre psychique et éthique qui embarque, enveloppe, unifie la triple dimension du sujet – corporelle, psychique, spirituelle, la triple dimension de l’Humain, individualisée, relationnelle, symbolique.
A l’Humain considéré comme une unité séparée, rationnelle, agissant sur une succession de marchés, censés assurer la maximisation individuelle et collective des satisfactions à travers le jeu des fluctuations des prix (l’idéologie matérialiste, mercantile, choisifiante), la philosophie portée par le Tarot offre l’exigence et le respect de sujets, dans leur triple capacité de faire du manque, de la souffrance, du désir une opportunité exigeante, fût-elle douloureuse, de s’expérimenter, de s’ouvrir à des relations authentiques et mutuellement enrichissantes sur le plan humain, d’accéder aux expériences de conscience transpersonnelle dont les sages de multiples traditions spirituelles de l’humanité ont témoigné. Le Tarot est l’un de ces témoignages qui décrivent comment l’Humain incarné fait de l’incarnation un chemin d’intégration de l’Être.

Que ce guide puisse témoigner de la porte et du chemin qui vous appartiennent, parce que ce sont la porte et le chemin de l’Être que vous êtes.

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